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Ticket resto étudiant : "Les non-boursiers en bénéficieront aussi"

Ticket resto étudiant : "Les non-boursiers en bénéficieront aussi"

Soutenue par une soixantaine de députés, dont certains issus de la majorité, la députée LR Anne-Laure Blin a déposé à l’Assemblée nationale mardi 9 février une proposition de loi aspirant à créer un ticket restaurant pour les étudiants. A l’image du “ticket resto” des salariés, il pourrait être utilisé dans les restaurants et les supermarchés. Entretien.

Vous proposez de créer un “ticket restaurant étudiant”. Comment fonctionnerait-il ?

Sur leur site universitaire, les étudiants pourraient acheter des tickets restaurant d’une valeur de 6 ou 7 euros au tarif social étudiant, c’est-à-dire 3,30 euros. L’ensemble des étudiants pourraient bénéficier du tarif social étudiant, peu importe leur statut (qu’ils soient boursiers ou non boursiers), et leur zone géographique. Car dans certains endroits, notamment chez moi à Saumur, il n’y a pas de restaurant universitaire. Le dispositif a pour vocation de perdurer au-delà de la crise sanitaire.

Pourquoi ne souhaitez-vous pas faire de différence entre les étudiants boursiers et non boursiers ?

Aujourd’hui, tous les étudiants font face à des difficultés financières, boursiers ou non. Ils n’ont plus de jobs étudiants, et cela place tout le monde dans une fragilité importante. J’ai eu des retours de parents qui doivent subvenir aux besoins de plusieurs enfants étudiants qui n’ont plus de petit job, alors qu’eux-mêmes sont passés par le chômage partiel et sont donc en grande difficulté financière. Pour autant, leurs enfants n’ont pas le statut de boursiers.

Comment les tickets restaurant étudiants seraient-ils financés ?

Ils seraient financés à coût constant, c’est-à-dire par l’argent avec lequel l’Etat finance la restauration étudiante aujourd’hui. Quand vous allez dans un restaurant universitaire, vous ne mangez pas pour 3,30 euros : l’étudiant paie une partie, et l’Etat complète pour arriver à la somme globale du coût d’un repas étudiant. De la même manière, l’Etat financerait la moitié du ticket restaurant étudiant.

Vous pointez dans votre proposition de loi les défaillances du système de restauration universitaire français. Que lui reprochez-vous ?

Pour plusieurs raisons, les restaurants universitaires ne répondent plus aux attentes des étudiants : des restaurants sont fermés, ont des horaires inadaptés aux étudiants, ou proposent des menus qui ne leur plaisent pas car peu équilibrés. Certains étudiants sont trop éloignés des restaurants universitaires : aujourd’hui, soit vous avez un Crous près de chez vous et tant mieux pour vous, soit vous n’en avez pas et vous vous débrouillez. Les étudiants sont en demande d’alternatives flexibles, qui les rendraient plus libres. Les tickets restaurant leur permettraient de faire des courses en bénéficiant d’un tarif avantageux et de cuisiner chez eux. De plus, la commission des affaires sociales de l’Assemblée a mis en évidence les déficits importants de la restauration étudiante dûs à la fermeture des restaurants universitaires durant le premier confinement. Il y a donc un problème d’ordre financier dans le système actuel.

Comment qualifieriez-vous la situation actuelle des étudiants ?

Très difficile. Aussi bien financièrement, psychologiquement qu’intellectuellement. Sur le plan financier, il n’y a plus d’emplois étudiants, c’est donc difficile pour eux de boucler les fins de mois. Psychologiquement, car un certain nombre d’entre eux se retrouvent seuls avec leur ordinateur dans leur chambre étudiante. Et intellectuellement, c’est compliqué d’avoir des diplômes qui ont une vraie plus-value quand on ne peut pas échanger avec ses collègues et ses enseignants. Dans un avenir proche, ce sont les étudiants qui vont travailler dans nos entreprises, ce sont eux qui paieront nos retraites. Si on continue à ne rien faire, ils ne seront pas en mesure d’être réactifs sur le marché du travail.

Considérez-vous que les mesures mises en place par le gouvernement à destination des étudiants (chèque psy, repas à 1 euro) soient suffisantes ?

Non, ce sont des pansements, cela ne résout absolument rien. On ne va pas solutionner le problème des étudiants avec un chèque psy. La grosse problématique des étudiants, c’est le fait de ne pas pouvoir se rendre en cours. Le gouvernement propose un repas à un euro pour tous : c’est généreux, cela peut répondre à une situation d’immédiateté, mais ce n’est pas un modèle économique viable sur le long terme. Il faut donc réfléchir à de nouvelles propositions.

Mais alors, que devrait faire le gouvernement ?

Il faut impérativement permettre aux étudiants de suivre à nouveau des cours en présentiel. Ils le réclament tous, et les présidents d’université affirment que c’est possible. Je ne comprends pas qu’il y ait autant d’ordres et de contre-ordres : on peut prendre le train mais on ne peut pas aller à la fac pour suivre un cours. Les universités sont complètement laissées pour compte. L’enseignement supérieur est le grand oublié de la crise sanitaire.

Capital - 15 février 2021

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