Tribune : « 111 ans après le génocide des Arméniens, il faut un droit international qui protège réellement les peuples »
Ce 24 avril marque les commémorations des 111 ans du génocide arménien. À cette occasion, 97 élus français de tous bords, dont Éric Ciotti, Bruno Retailleau, François Ruffin et Clémentine Autain appellent à la défense du droit international et au plein engagement de la France pour la cause arménienne dans le Haut-Karabakh.
Il y a 111 ans, l’Empire ottoman organisait l’extermination du peuple arménien. Le 24 avril 1915 marque le début d’un crime que l’impunité a rendu possible et que l’oubli pourrait rendre réitérable. Commémorer ne suffit pas. Ce 24 avril 2026 nous oblige : à regarder l’histoire en face, à interroger notre présent et à en tirer des conséquences pour l’avenir.
Car le génocide des Arméniens n’appartient pas seulement au passé. Il constitue un avertissement durable : lorsque le droit est impuissant ou subordonné à la raison d’État, les populations civiles ne sont plus protégées. L’impunité dont ont bénéficié ses auteurs a ouvert un cycle que le XXe siècle a tragiquement confirmé.
À l’heure où les équilibres internationaux se fragilisent, le droit international demeure indispensable mais force est de constater qu’il peine encore à protéger concrètement les peuples. Les événements survenus en 2023 dans le Haut-Karabakh (Artsakh) en sont une illustration alarmante : 120 000 Arméniens ont été contraints de fuir leur terre après un blocus et une offensive militaire. L’effacement d’une population, lorsqu’il n’est ni empêché ni sanctionné, constitue toujours un signal d’alerte majeur.
La France a reconnu le génocide des Arméniens. Cet engagement de mémoire doit aujourd’hui se traduire en actes. C’est pourquoi nous appelons le gouvernement à tirer toutes les conséquences politiques et diplomatiques des violations graves du droit international, à commencer par celles liées au déplacement forcé des Arméniens du Haut-Karabakh.
Cela implique de qualifier clairement les faits de 2023, qui ne peuvent être réduits à une crise humanitaire. Il faut œuvrer à des sanctions européennes ciblées à l’encontre des responsables mais aussi garantir des droits effectifs comme le droit au retour, la protection des civils ou encore la sauvegarde du patrimoine qui doivent devenir une priorité de l’action diplomatique française et européenne conformément aux engagements internationaux et aux décisions de la Cour internationale de Justice. Enfin, il faut exiger la libération des détenus arméniens à Bakou, dans le respect des droits fondamentaux et des garanties judiciaires.
Les résolutions adoptées par le Sénat en 2024 et par l’Assemblée nationale en 2026 doivent désormais être mises en œuvre. La défense du droit international ne saurait être sélective. Lorsque le droit n’est ni appliqué ni défendu avec constance, il s’efface devant la force. 111 ans après le génocide des Arméniens, la mémoire n’a de sens que si elle engage.

