Mission d’information sur le Génie : il faut un sursaut capacitaire !
Après 8 mois d’auditions et de déplacements, j’ai présenté ce matin (avec ma collègue Catherine Hervieux) devant la commission de la Défense nationale et des forces armées de l’Assemblée mon rapport et mes recommandations pour l’Arme du Génie.
Fruit de nombreux déplacements au cœur des régiments et d’auditions, le rapport dresse un constat sans appel : après des décennies de réduction capacitaire, le génie doit redevenir une priorité stratégique pour garantir la mobilité et l’efficacité de nos armées face aux nouveaux risques de conflits majeurs dans un contexte de haute intensité.
Notre département de Maine-et-Loire est historiquement lié avec l’arme au regard de la présence du 6e régiment du génie, de l’École du génie à Angers ainsi que - depuis 2024 - de la brigade recréée du génie et du 2e régiment de dragons à Fontevraud dans le Saumurois.
L’arme du génie mêle trois composantes en combat, secours et infrastructure.
- Le génie combat permet la mobilité des forces et empêche l’adversaire de progresser. Les sapeurs sont chargés de manœuvres offensives pour favoriser la mobilité des troupes : création de ponts, déminage, franchissement de rivières et de tranchées. Le génie combat est également en capacité de ralentir l’avancée des troupes ennemies par des actions de contre-mobilité : minage, destruction de ponts, creusement de tranchées ;
- Le génie secours, avec la brigade de sapeurs-pompiers de Paris, le bataillon des Marins-pompiers de Marseille et la brigade des militaires de la sécurité civile, assure la protection des populations et le soutien aux autorités civiles ;
- Le génie infrastructure, rattaché au service d’infrastructure de la Défense (SID), garantit quant à lui la conception, la réalisation et la maintenance des emprises du ministère des Armées.
L’arme du génie est une composante d’appui essentielle de l’armée de Terre et pourtant elle a été particulièrement fragilisée ces dernières années. Parfois même reléguée au second plan dans un modèle d’armée tourné vers les opérations extérieures.
Assister à une démonstration de pont flottant, un exercice de minage, une reconstruction de piste d’aviation, une réparation de chemin de fer ou à un exercice de décontamination ou de recherche de substances chimiques ou bactériologiques place indéniablement face au réel.
Échanger avec des dizaines de soldats de tout grade et de toute spécialité : plongeur, maître-chien, travaux publics, assaut permet de mesurer au plus près la diversité et la technicité de leurs missions. Nos recommandations sont le fruit de cette immersion, d’échanges directs et des exigences du terrain.
L’engagement de nos soldats est total mais le matériel est vieillissant quand il n’est pas manquant. Il existe aujourd’hui de véritables ruptures capacitaires dans des domaines clés comme le franchissement lourd, le déminage ou le minage.
Les derniers « Retex » (Retours d’expérience) démontrent que la maîtrise du terrain — creusement de tranchées, franchissement de coupures humides, ouverture d’itinéraires minés — est le facteur décisif de la victoire.
Ce rapport appelle à un changement de paradigme : le génie ne doit plus être considéré comme un appui secondaire, mais comme le socle de notre liberté de mouvement en cas d’engagement majeur.
Désormais il conviendra de rendre concrètes les préconisations* par des livraisons effectives et des sanctuarisactions de lignes budgétaires.
Soutenir concrètement nos forces armées, c’est protéger nos soldats et aussi notre Nation.
* Le rapport formule 24 recommandations précises pour redonner à l’arme du Génie moyens humains, matériels et financiers pour accompagner les régiments à la haute intensité dont :
Renforcement des effectifs :
- Créer un nouveau régiment du génie en réallouant des moyens affectés au 19e et 6e régiments du génie.
- Créer une deuxième section de soutien à la formation au sein de la compagnie d’appui de l’École du génie.
Urgence matérielle :
- Remplacer le VAB NRBC et le VAB topographique par un matériel spécialisé et en assurer son financement.
- Notifier le marché EGC en 2026 et revoir les cibles et le calendrier de livraison des EGC dans l’actualisation de la LPM.
- Faire l’acquisition d’un dispositif de déminage pyrotechnique.
- Assurer le recomplètement du stock d’équipements d’accompagnement et de cohérence propres au génie.
- Doter en priorité les régiments du génie dans le cadre du programme flotte tactique et logistique terrestre (FTLT)
Sanctuarisation budgétaire :
- Sanctuariser les crédits annuels de 2,5 millions d’euros à l’École du génie pour permettre la modernisation des infrastructures et le développement de nouvelles formations.
- Sécuriser la livraison prévue des ponts flottants motorisés à partir de 2028 tout en limitant le risque de dépassement financier.
- Prévoir dès 2026, dans l’actualisation de la LPM, un deuxième incrément pour le programme SYFRALL permettant de renouveler les capacités de franchissement au contact.









